Award Winner: 
Benoit Legault -"Benin: Un course en taxi memorable"
Category Sponsor: 
Tourisme Iles De La Madeleine

Published in  -  Le Devoir - August 8, 2015

BÉNIN: Une course mémorable en taxi collectif

Globe-trotteurs devant l’éternel, ils et elles font des expériences — ou des non-expériences — de toute nature. Réagissent à des situations parfois surprenantes, originales, inusitées, insolites, inattendues. Ils et elles, ce sont nos journalistes touristiques qui épluchent la planète pour nous en livrer des reportages. Tout au cours de l’été, on peut lire des morceaux choisis de cocasseries vécues en marge de leurs voyages professionnels.

Le Bénin. L’Afrique noire, francophone et pauvre. Un pays où on vendait de l’essence dans des bouteilles de verre au bord de la route et où des Blancs allant à la plage devaient être protégés par des hommes armés de gourdins. Du moins en 1995, l’année où j’y étais.

Voyageant seul, à Cotonou, j’ai pris un de ces taxis collectifs qui partent une fois que la voiture a fait le plein de passagers. Ceux-ci arrivaient un à un, lentement, au hasard de leurs déplacements, alors que les 38 degrés faisaient bouillir le sang… et activaient les glandes des aisselles.

Finalement, un petit groupe de femmes fit en sorte que le quota de la légendaire Peugeot 504 fut même dépassé.

Nous étions donc sept personnes dans cette voiture de taille moyenne, dont une Béninoise âgée qui trouva une place… sur moi.

Au moment même où je me disais que l’odeur humaine ambiante était particulière, cette femme me regarda curieusement, baissa son visage au niveau de mon aisselle et s’écria : « Eh toi, le Yovo, tu sens rien, tu sens la mort ! »

Nous vivions un choc culturel mutuel total. J’étais à la fois médusé et captivé. Étant l’étranger, je n’ai pas répliqué.

Ma perception de son observation : les Africains noirs s’habillent de couleurs vives, sont démonstratifs et pleins de vie, alors que les Blancs, dans une perspective africaine, semblent fades en général.

J’ai conservé cet a priori durant 20 ans, jusqu’à ce que j’amorce la recherche pour ce texte. Quand j’ai commencé à l’écrire, j’ai réalisé à quel point le sujet est délicat, que les stéréotypes liés aux odeurs sont légion et qu’ils fascinent, de part et d’autre des cultures.

Par exemple, on m’a parlé d’un Zimbabwéen qui aurait failli s’évanouir dans une réception car « l’odeur des Blancs dans la salle était accablante ». Certains clichés sur les odeurs corporelles sont étonnants.

Dans les faits, il est reconnu que les différences de senteurs entre les cultures sont surtout dues à la diète, outre l’hygiène et les particularités physiologiques.

En Afrique, les symboles de la mort sont souvent blancs (comme les fantômes). Elle est parfois représentée par de la poudre blanche sur la peau, ou liée à des ossements (blancs) sans odeur…

Quand on parle de cultures, il vaut mieux s’attacher à comprendre les différences plutôt qu’à les juger, et pratiquer ce que les sociologues appellent le relativisme culturel.

L’odorat est un sens qui rejoint nos instincts les plus vifs et primaires, et ce, presque sans filtre.

Les souvenirs d’enfance liés à des odeurs, par exemple, sont ceux qu’on garde en mémoire le plus clairement. Et ce sont souvent ceux qui attisent les émotions les plus fortes.

En voyage, notamment, on se rappelle à jamais les effluves de marchés, de plats ou même de villes en particulier.

Je n’oublierai jamais l’odeur dans cette Peugeot 504 au Bénin… Et le commentaire sur ma propre (non) odeur me chicote toujours.

-fin-

Award Year: 
2015